jeudi 8 juin 2017

Fédor DOSTOÏEVSKI et la compassion

Fédor DOSTOÏEVSKI - (1821-1881)

«La beauté sauvera le monde»…
Cette phrase de Dostoïevski est une de ces citations que l’on met à toutes les sauces sans trop savoir ce qu’elles signifient. On la trouve dans L’Idiot, un des grands romans de la maturité, publié en 1868. Pour l’interpréter, il ne faut pas perdre de vue que Dostoïevski s’abstient presque toujours de prendre position par rapport aux opinions de ses personnages. Ceux qu’il met en présence expriment des points de vue différents, dont la confrontation provoque le lecteur à la réflexion. Ainsi, ses romans ne sont pas des «romans à thèse», même si on peut, bien évidemment, en déduire une vision du monde et de l’homme. Prudence donc, lorsque l’on veut prêter à l’auteur une opinion émise par un de ses personnages, comme celle qui nous retient ici: «La beauté sauvera le monde».

Cette phrase est prononcée par Hippolyte Terentiev, un jeune homme tuberculeux, révolté et pathétique. Et, ce qui complique encore les choses, elle l’est sous forme interrogative: «C’est vrai, prince, que vous avez dit, une fois: ‘C’est la beauté qui sauvera le monde’?»(1). Celui à qui s’adresse Hippolyte est le prince Mychkine, le héros principal du roman. Il voue un amour plein de compassion à la belle et douloureuse Nastassia Filippovna, avilie par son tuteur pendant son enfance. Cet amour pur et respectueux contraste fortement avec la passion destructrice que Rogojine, autre héros du livre, éprouve pour la même Nastassia.

Le contraste entre Mychkine et Rogojine peut nous mettre sur la piste d’une réponse à nos questions. Une même beauté, celle de Nastassia Filippovna, les a captivés. Mais Mychkine – «idiot» aux yeux des hommes, parce qu’il voit le monde avec un regard d’empathie et d’innocence – a compris que cette beauté est blessée, qu’elle est en attente d’une rédemption, d’un accomplissement. Devant un portrait de Nastassia, Mychkine s’écrie: «Ah, si elle avait de la bonté, tout serait sauvé!», puis, assombri, il ajoute que Rogojine «pourrait l’épouser et, une semaine après, lui planter un coup de couteau»(2).

A travers ce contraste entre Mychkine et Rogojine, nous comprenons déjà que la beauté n’est pas entièrement significative en elle-même. Elle ne trouve tout son sens qu’en fonction du mystère qu’elle évoque et du contexte qui lui est associé. Autrement dit, la beauté se voit dans la lumière – ou dans l’obscurité – de celui qui la contemple. Derrière le beau visage de Nastassia, Mychkine devine une âme humiliée et meurtrie, qu’un amour oblatif pourrait guérir. Ce même visage inspire à Rogojine une folle passion, égoïste et meurtrière....

http://un-idiot-attentif.blogspot.fr/2011/06/la-beaute-sauvera-le-monde.html

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