samedi 12 août 2017

Anniversaire de Notre ancêtre Haïk ou Hayk : 4509 ans ! 11 Août -2492 av JC - 11 Août 2017



Anniversaire de Notre ancêtre Haïk ou Hayk : 4509 ans !
11 Août -2492 av JC - 11 Août 2017

Haïk, Haik ou Hayk (en arménien Հայկ) est un héros légendaire de la mythologie arménienne.
Selon la légende, Haïk, géant descendant de Noé, combattit et gagna contre Bêl, un géant de Babylone.
Cette victoire lui permet ainsi de doter son peuple d'un territoire : l'Arménie. Son peuple le considère comme patriarche de la nation appelée désormais, en son honneur, Hayastan ou « Terre de Haïk ».
De cette appellation dériverait celle de Hay signifiant « Arménien », ou encore « descendant de Haïk ».
Quelques historiens pensent que Haik était un réel chef arménien du IIIe millénaire av. J.‑C. ; d'autres croient qu'il est une figure purement mythique apparentée aux fondateurs traditionnels de Rome, Romulus et Rémus.
Haik est aussi l’équivalent d'Orion dans la traduction arménienne de la Bible.

Le grand historien arménien du ve siècle, Moïse de Khorène, décrivit l'arrivée de Haïk et de son peuple en Arménie :
« Il a construit un village qui est venu pour être connu comme Haykashen (la Construction de Haïk). Au milieu de cette plaine et au pied de la montagne qui avait une large base, où un peuple avait déjà vécu là. Ce peuple s'est soumis à la règle du nouveau héros. »


Selon la tradition, Hayk aurait battu Bel le 11 Août, 2492 avant JC.
Avec le temps, il est devenu impossible de déterminer l’origine exacte du peuple arménien. 
L’histoire moderne a ses propres réponses aux questions « Quand, où et comment s’est formé le peuple arménien ?». L’archéologie y a contribué, mais d’autres éléments à la fois en Arménie actuelle et en Turquie pourraient s’avérer intéressants.
La mythologie, quant à elle, a sa propre histoire à raconter, une histoire qui par moments coïncide avec les faits historiques, mais qui se nourrit plus généralement de la légende traditionnelle.
Hayk est « nahapet », l’ancêtre et le premier patriarche des Arméniens.
Il emmena 300 personnes avec lui hors de Babylone, poursuivi par son seigneur, Bel. En conséquence, une grande bataille a eu lieu, durant laquelle, la flèche de Hayk a trouvé sa cible, tuant Bel, et inaugurant ainsi une nouvelle ère.


Dans une des versions du calendrier arménien la nouvelle ère débute à cette date, qui correspondrait au 11 août 2492 avant J.-C. 
L’an 2492 avant J.-C, date de cet événement, a été calculé à l’époque moderne.
Cette histoire apparait dans L’Histoire Arménienne de Moise de Khorène (Movses Khorenatsi), qui pour sa part serait, selon la tradition, un élève de Mesrop Mashtots (à qui on attribue l’alphabet arménien et les premières écoles arméniennes datant du 5ème siècle après JC).
Les enseignements chrétiens importants durant cette ère pourrait être considérés comme une bonne adaptation de l’histoire de Hayk et Bel, reflétant la tour de Babel et les thèmes de rejet, de lutte et d’exil de l’Ancien Testament.
En effet, Hayk est associé à la constellation d’Orion dans la traduction arménienne de la Bible, plus précisément dans le Livre de Job.
Mis à part les héros et les demi-dieux, le nom que se donnent les Arméniens s’écrit « hay » et se prononce comme le mot « high » en anglais. 
On l’associe souvent à Hayk, car l’Arménie se dit « Hayastan » et « Hayk » respectivement en arménien et en arménien classique. Cependant, ces mots ne coïncident pas complètement entre eux. Les incohérences linguistiques pourraient avoir des explications étymologiques plausibles.
De plus, on appelle « Hayassa » un royaume peu connu au 16ème siècle avant JC, situé dans la même région où les royaumes d’Ourartou et d’Arménie ont par la suite vu le jour. 
Cette découverte pourrait aussi expliquer le nom que les Arméniens s’attribuent à eux-mêmes.
En attendant, le nom de leur ancêtre, prononcé « Hayg » en arménien occidental, est aujourd’hui utilisé comme un prénom masculin arménien et « Hayguhi » en est la version féminine.

Publié par Vartan Arev (Facebook)

lundi 7 août 2017

Imagerie par Raisonnance Magnétique - Raymond Vahan Damadian Inventeur

Raymond Vahan Damadian, l'inventeur de l'Imagerie par Raisonnance Magnétique plus communément appelée IRM....


Imagerie par Raisonnance Magnétique

SECTEUR Instrument
DATE 1973

DÉTAILS : On attribue à Paul Lauterbur et Peter Mansfield l’invention de l’Imagerie par Résonance Magnétique, plus communément appelée IRM, en 1973. Le premier est un chimiste américain qui a pensé à utiliser l’intensité du champ magnétique pour créer une image bidimensionnelle. Mansfield, un physicien britannique, a permis de rendre la technique possible en mettant au point le traitement mathématique et informatique ad-hoc. Tous deux ont reçu le prix Nobel de médecine en 2003 pour leurs travaux. 

Néanmoins, l’idée originale d’utiliser un aimant de forte intensité pour explorer le corps humain avait été énoncée à la fin des années 60 par Raymond Damadian, mathématicien et biophysicien. Celui-ci se bat encore pour qu’on lui attribue la paternité de l’invention. Il est suivi par une grande partie de la communauté scientifique.

LES SUITES DE L'INVENTION : La technique est maintenant de plus en plus perfectionnée. Par l’augmentation de l’intensité du champ magnétique généré et par l’avancée de l’informatique, l’examen a gagné en résolution. Actuellement, cette technique d’imagerie médicale est utilisée lorsque la radiographie classique ou le scanner n'ont rien pu révéler. Elle permet de regarder avec précision tous les organes du corps notamment au niveau du cerveau, les articulations ou la colonne vertébrale. L’IRM fonctionnelle est également très utilisée en matière de recherche pour détecter les zones cérébrales actives à la suite d’un stimulus extérieur, et ainsi élucider les mécanismes complexes de notre cerveau.


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Libération
L'IRM nobélisée, un de ses pionniers oublié
Par Denis DELBECQ — 7 octobre 2003 à 01:17

  L'IRM nobélisée, un de ses pionniers oublié
Un ratage de plus ? L'annonce des lauréats du prix Nobel de médecine 2003 ne manquera pas de soulever la polémique. En récompensant de concert le chimiste américain Paul Lauterbur (74 ans) et le mathématicien-physicien britannique Peter Mansfield (70 ans) pour leurs travaux sur l'imagerie à résonance magnétique (IRM), les jurés ont laissé sur le carreau un troi- sième larron. Un Américain nommé Raymond Damadian (67 ans), dont le rôle dans l'apparition de l'IRM est tout sauf anodin.

Eau. L'IRM est le prolongement médical de la résonance magnétique nucléaire, une technique démontrée pour la première fois en 1946. Elle consiste à placer les noyaux atomiques dans un champ magnétique et à analyser les ondes émises par ces noyaux en réponse à cette stimulation. Jusque dans les années 60, la résonance magnétique nucléaire avait permis de faire de grands pas sur la compréhension de la structure chimique des substances. Jusqu'à ce que jaillisse l'idée d'étudier des tissus vivants, dont la teneur en eau est variable. Un tissu sain ne contient pas la même quantité d'eau qu'un tissu altéré, notamment par une tumeur. L'IRM applique ce principe en étudiant le champ magnétique résonnant qu'émettent les noyaux d'hydrogène des molécules d'eau quand le patient est placé au coeur d'un aimant. Les détecteurs placés dans l'imageur et un traitement informatique complexe produisent des images bi et tridimensionnelles des organes, parfois spectaculaires, mais surtout riches d'enseignement pour les médecins (lire ci-contre).

Pour le jury du Nobel, c'est Paul Lauterbur qui a posé les premières briques de l'IRM. En 1973, l'Américain avait décrit dans la revue Nature comment la modification du champ magnétique utilisé pour la résonance permet de produire des images bidimensionnelles de l'objet étudié. En Grande-Bretagne, Peter Mansfield a amélioré le procédé et montré qu'il peut fonctionner à grande vitesse. Mais l'ennui est qu'un médecin de Brooklyn, Raymond Damadian, avait publié des travaux pionniers dès 1971 dans Science. Il est d'ailleurs considéré dans beaucoup d'institutions scientifiques américaines comme le véritable père de l'IRM. Damadian a été le premier à appliquer la résonance magnétique à des tissus vivants, même s'il s'est trompé en imaginant pouvoir différencier facilement un tissu sain d'un tissu cancéreux, et à suggéré le concept d'imagerie par résonance. Il a breveté son principe dès 1972, avant de tester sur l'homme le premier prototype de sa machine IRM dès 1977, obtenant le premier cliché à vocation médicale. Il dirige toujours la firme qu'il a fondée en 1978 pour commercialiser son invention.

Distinctions. Damadian a d'ailleurs reçu de nombreuses récompenses. La dernière en date lui a été décernée par la revue The Economist en septembre. Il avait même partagé une prestigieuse distinction américaine avec Lauterbur, la médaille nationale de la technologie remise en 1988 par Bush père ! Mais le partage a des limites. Damadian ne fera pas le voyage de Stockholm.

Denis DELBECQ

http://www.liberation.fr/sciences/2003/10/07/l-irm-nobelisee-un-de-ses-pionniers-oublie_447279

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D'autres informations concernant Raymond Vahan Damadian  
sur wikipedia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Vahan_Damadian

Mission Valencia, 06/08/2017 (Vidéo 1 et 2) Nikos Lygeros


N. Lygeros - Mission Valencia, 06/08/2017
Partie I



Partie II


HISTOIRE DE ZOULVISIA - "Contes arméniens" d'après Frédéric Macler

HISTOIRE DE ZOULVISIA

Au milieu d'un désert sablonneux, quelque part en Asie, les yeux des voyageurs sont rafraîchis par la vue d'une haute montagne couverte de beaux arbres, parmi lesquels on peut voir le scintillement des cascades moussant au soleil. Dans cet espace de clarté,  il est même possible d'entendre la chanson des oiseaux et de sentir les fleurs; Mais bien que la montagne soit visiblement habitée - car ici et là émerge une tente blanche  - aucun des rois ou des princes qui  passent sur la route de Babylone ou Baalbec ne plongent dans ses forêts - ou, s'ils le font,  n'en reviennent jamais .

 En effet, la terreur causée par la mauvaise réputation de la montagne, est un mystère que les pères, sur leur lit de mort, ont supplié  leurs fils de ne jamais tenter d'approfondir. Mais en dépit de leur mise en garde, un certain nombre de jeunes hommes annoncent chaque année leur intention de s'y rendre.


*****

Il y avait une fois un roi puissant qui régnait sur un pays de l'autre côté du désert, et, en mourant, donna le conseil habituel à ses sept fils. À peine fut-il mort que l'aîné, qui accéda au trône, annonça son intention de chasser dans la montagne enchantée. En vain, les vieillards affligés prenant leur tête entre leurs mains essayèrent-ils de le persuader d'abandonner son projet fou. Tout fut inutile. Il partit, mais ne revint pas. Il en fut ainsi pour chacun des frères,  mais quand le plus jeune devint roi, et qu' une chasse dans la montagne fut annoncée,  une plainte sourde s'éleva dans la ville. 
«Qui régnera sur nous quand vous serez mort? Car vous le serez sans nul doute ! Restez avec nous, et nous vous ferons plaisir». Et pendant un moment, il écouta leurs prières, et la terre devint riche et prospère sous son règne. Mais après quelques années, la curiosité s'empara de lui, et cette fois il n'écouta plus les conseils.

 Escorté de ses amis et de ses sujets, il partit un matin dans le désert.
Ils traversèrent une vallée rocheuse, quand un cerf se présenta devant eux et s'envola. Le roi donna instantanément le signal de la chasse, suivi de ses serviteurs ; mais l'animal courait si rapidement qu'ils ne purent le rejoindre tandis qu'il disparaissait au fond de la forêt.
Le jeune homme  pour la première fois,  regarda autour de lui. Il avait laissé ses compagnons loin derrière, et, se retournant, les vit entrer dans des tentes, disséminées ci et là parmi les arbres. Mais pour lui, la fraîcheur des bois était bien plus attrayante que n'importe laquelle des nourritures, aussi délicieuses soient-elles, et pendant des heures, il se promena là où sa fantaisie le conduisait.
Puis il s'assombrit en pensant que le moment était venu de retourner au palais. Alors, quittant la forêt avec un soupir, il se dirigea vers les tentes... où l'attendait une vision d'horreur : les compagnons de son escorte effondrés morts sur le sol. Les avertissements passés n'avaient servi à rien et désormais toute parole était inutile. Il était aussi clair que le jour que le vin qu'ils avaient bu contenait un poison mortel.
«Je ne puis plus vous aider, mes pauvres amis», dit-il en les regardant tristement ; Mais au moins je peux vous venger! Ceux qui ont conçu ce piège vont certainement revenir à la tâche. Je vais me cacher quelque part, et découvrir qui ils sont !

Près de l'endroit où il se trouvait, il remarqua un grand noyer, qu'il escalada. La nuit tomba bientôt, et rien ne rompit l'immobilité de l'endroit; Mais avec les premières lueurs de l'aube, un bruit de sabots au galop retentit.
En écartant les branches, il aperçut un jeune homme qui s'approchait, monté sur un cheval blanc. En arrivant aux tentes, le cavalier descendit de cheval, et  inspecta de près les cadavres étendus sur le sol .Puis, un par un, il les traîna dans un ravin et les jeta au fond d'un lac. Pendant qu'il faisait cela, les serviteurs qui l'avaient suivi  s'emparérent des chevaux des malheureux hommes ;  puis il ordonna aux courtisans de lâcher le cerf, qui était utilisé comme un leurre, et de s'attabler dans les tentes pour profiter de la nourriture et des vins copieusement servis.
Après avoir pris ces dispositions, il se promena lentement à travers la forêt, quand il eut  la surprise de voir venir  un beau cheval sorti du fond d'un bosquet.
«Il y avait un cheval pour chaque homme mort», se disait-il. «Alors, à qui est-il?
"A moi !' Répondit une voix venue d'un noyer à proximité. «Qui êtes-vous qui attirez les hommes en votre pouvoir, puis les empoisonner? Mais vous ne le ferez plus. Retournez dans votre maison, où que ce soit, mais nous nous battrons avant!"

Le cavalier resta muet de colère, puis  avec un grand effort,  répondit :
«J'accepte votre défi. Montez et suivez-moi. Je suis Zoulvisia. Et, enfourchant son cheval, il fut hors de vue si vite que le roi n'eut pas le temps de remarquer que la lumière semblait couler du jeune homme et de son cheval, et que les cheveux sous son casque étaient comme de l'or liquide.
De toute évidence, le cavalier était une femme. Mais qui pouvait-elle être? Était-elle reine de toutes les reines? Ou était-elle chef d'une bande de voleurs? N'était-elle qu'une belle fille ?


Zoulvisia, sur son cheval, atteint
le jeune homme dans l'arbre

Plongé dans ces réflexions, il resta debout sous le noyer, longtemps après que le cheval et le cavalier eurent disparu de sa vue. Puis il se secoua et se souvint qu'il devait trouver le chemin de la maison de son ennemi, ce dont il n'avait aucune notion. Cependant, il  prit le chemin d'où le cavalier était apparu, et le parcourut pendant plusieurs heures jusqu'à ce qu'il parvienne près de trois huttes édifiées côte à côte, dans lesquelles vivaient une vieille fée et ses trois fils.

Le pauvre roi était si fatigué et affamé qu'il ne pouvait guère parler, mais après qu'il eut bu du lait et se fut reposé un peu, il put répondre aux questions qu'on lui posait avec impatience.
"Je suis à la recherche de Zoulvisia, dit-il, elle a tué mes frères et beaucoup de mes sujets, et je veux les venger."
Il n'avait parlé qu'aux habitants d'une même maison, mais des trois huttes lui parvinrent des murmures : 
"Quel dommage que nous ne l'ayons su ! Deux fois ce jour-là, elle a passé notre porte, et nous aurions pu la garder prisonnière."
Mais, bien que leurs paroles soient courageuses, eux ne l'étaient pas, car la simple pensée de Zoulvisia les faisait trembler.
"Oubliez Zoulvisia et restez avec nous",  dirent-ils en tendant les mains ; «Vous serez notre grand frère, et nous serons vos petits frères». Mais le roi ne  pouvait les satisfaire.

Tirant de sa poche une paire de ciseaux, un rasoir et un miroir, il les remit à chacun des fils de la vieille fée en disant:
«Bien que je ne renonce pas à ma vengeance, j'accepte votre amitié et, par conséquent, je vous confie ces trois objets. Si du sang  apparaît sur eux, vous saurez que ma vie est en danger, et, en souvenir de notre pacte, viendrez à mon aide.
«Nous viendrons», répondirent-ils. Le roi monta son cheval et prit la route qu'on lui indiqua.

A la lumière de la lune, il aperçut un palais splendide, mais, bien qu'il en fit deux fois le tour, il ne trouva pas de porte. Il ne savait que faire, quand il entendit le bruit d'un fort ronflement,  qui semblait venir de ses pieds. En regardant vers le bas, il vit un vieillard au fond d'une fosse profonde, juste à l'extérieur des murs, avec une lanterne à ses côtés.
Peut-être pourra-t-il me donner un conseil, pensa le roi; Et, avec une certaine difficulté, il s'introduisit dans la fosse et posa sa main sur l'épaule du dormeur.
"Êtes-vous un oiseau ou un serpent que vous puissiez entrer ici?" Demanda le vieillard, se réveillant.  Mais le roi répondit qu'il était un simple mortel, et qu'il cherchait Zoulvisia.
"Zoulvisia? La malédiction du monde?" Répondit-il entre ses dents. "Sur les milliers de personnes tuées, je suis le seul qui se soit échappé, mais pourquoi m'a-t-elle épargné pour me condamner ensuite à cette vie de mort-vivant, je ne peux le deviner".

«Aidez-moi si vous le pouvez», déclara le roi. Et il confia au vieil homme son histoire, que ce dernier écouta attentivement.
«Suivez bien mon conseil», répondit le vieil homme. «Sachez que tous les jours au lever du soleil, Zoulvisia revêt sa veste de perles et monte les marches de la tour de cristal. De là, elle peut voir partout dans ses terres, et surveiller l'entrée de l'homme ou du démon. Si tel est le cas, elle émet des cris si effrayants que ceux qui l'entendent meurent de peur. Mais cachez-vous dans une grotte qui se trouve au pied de la tour, et plantez un bâton fourche en avant; Alors, quand elle aura jeté son troisième cri, sortez hardiment et regardez la tour. Puis allez sans crainte, car vous aurez brisé son pouvoir.
La roi monte à la tour de cristal
pour rejoindre Zoulvisia


Le roi fit mot pour mot ce que que le vieil homme lui avait ordonné, et quand il se détacha de la grotte, son regard croisa celui de Zoulvizia.

«Vous m'avez conquise, dit Zoulvisia, vous êtes digne d'être mon mari, car vous êtes le premier homme qui ne soit pas mort au son de ma voix! Et, laissant tomber ses cheveux dorés auxquels le roi se suspendit comme à une corde, elle le hissa au sommet de la tour. Ensuite, elle le conduisit dans le salon et le présenta à sa famille.
«Demandez-moi ce que vous voulez, je vous l'accorde», murmura Zoulvisia avec un sourire, alors qu'ils étaient assis ensemble sur la rive parcourue d'un courant ondoyant. Le roi la pria alors de libérer le vieillard à qui il devait sa vie et de le renvoyer dans son pays.

«J'en ai fini avec la chasse, et avec mes terres, dit Zoulvisia, le jour où ils furent mariés. « C'est à vous désormais que revient le soin de les faire fructifier». Et se tournant vers ses sujets, elle leur  demanda de faire venir le cheval de feu .
«C'est ton nouveau maître, mon compagnon de flamme, s'écria-t-elle; "Tu le serviras comme tu m'as servie." Et l'embrassant entre les yeux, elle posa la bride dans la main de son mari.

Le cheval hésita un moment, face au jeune homme, puis plia la tête, tandis que le roi lui tapotait le cou et que le cheval balançait la queue, jusqu'à ce qu'ils se sentissent tels de vieux amis. Le roi le monta répondant ainsi au désir de Zoulvisia. Elle lui remit une petite boîte décorée de perles contenant un de ses cheveux, qu'il serra contre sa poitrine dans une poche de son manteau.
Le roi partit à la découverte de ses terres, qu'il parcourut longuement, sans qu'il ressente le désir de rentrer chez lui pour le dîner. Soudain, un beau cerf s'élança presque sous ses pieds ; il le prit en chasse aussitôt. C'est à vive allure qu'ils arrivèrent près d'une large rivière sans que le roi ait pu atteindre l'animal qui ne lui laissa, d'ailleurs, aucune chance ! Le cerf sauta et  traversa la rivière et bien que  le roi se servit avec adresse de son arc, il ne parvint pas à le  blesser ;  Le roi s'efforça de gagner la rive opposée, et dans son excitation, ne remarqua pas que la boîte ornée de perles était tombée dans l'eau.

Le ruisseau, profond et rapide, entraîna la boîte dans ses eaux durant des miles, des milles et des milles, jusqu'aux rives d'un autre pays. C'est là qu'elle fut trouvée par l'un des porteurs d'eau du palais, qui la remit au roi. La conception de l'objet était si curieuse, et les perles si rares, que le roi ne put se décider à s'en séparer ; il en donna un bon prix au porteur et le renvoya. Puis, il convoqua son chambellan, et lui donna l'ordre de découvrir dans un délai de trois jours, sous peine de perdre sa tête, la provenance, l'histoire de l'objet.
Mais la réponse de l'énigme, qui laissa perplexe tous les magiciens et les hommes sages,  fut donnée par une vieille femme qui vint au palais, disant au chambellan que, pour deux poignées d'or, elle révélerait le mystère.
Bien sûr, le chambellan s'empressa de lui donner ce qu'elle  demandait ; en retour, elle indiqua que l'objet et les cheveux appartenaient à Zoulvisia.
«Conduisez-la ici, vieille, et vous aurez assez d'or pour le reste de vos jours»,  déclara le chambellan. La vieille femme  répondit qu'elle ferait du mieux qu'elle pourrait pour le satisfaire.

Elle retourna dans sa hutte au milieu de la forêt, et, debout devant la porte, siffla doucement. Bientôt, les feuilles mortes sur le sol commencèrent à se déplacer, et de dessous, émergea un long train de serpents. Ils se tortillaient aux pieds de la sorcière, qui se pencha et tapota leur tête,  donnant à chacun du lait dans un bassin de terre rouge. Quand ils eurent terminé, elle siffla à nouveau, et  demanda que deux ou trois d'entre eux encerclent ses bras, son cou, tandis qu'un autre s'enroule autour de sa canne, un autre encore autour de son fouet.
  
Alors, elle prit un bâton, et sur la rive de la rivière le transforma en radeau ; s'asseyant confortablement, elle le poussa au centre du ruisseau.
Tout le jour, elle flotta, et toute la nuit ;   au coucher du soleil le lendemain, elle se trouva près du jardin de Zoulvisia, juste au moment où le roi, au cheval de flamme, revenait de la chasse.

'Qui êtes-vous?' Demanda-t-il avec surprise; Car les vieilles femmes voyageant sur des radeaux n'étaient pas choses ordinaires dans ce pays. «Qui êtes-vous, et pourquoi êtes-vous venue ici?
«Je suis un pauvre pèlerin, mon fils, répondit-elle,  j'ai perdu la caravane, j'ai erré sans nourriture pendant de nombreux jours dans le désert, jusqu'à ce que j'arrive à la rivière. Là, j'ai trouvé ce petit radeau, et m'y suis installée, ne sachant pas si je devais vivre ou mourir. Mais puisque vous m'avez trouvée, donnez-moi, je vous prie, du pain à manger, et laissez-moi  cette nuit près du chien qui garde votre porte!
Ce récit piteux toucha le cœur du jeune homme, qui lui promit de lui faire porter sa nourriture et de l'autoriser à passer la nuit dans son palais.
«Mais restez derrière moi, bonne femme, s'écria-t-il, car le palais est encore loin». Se faisant, il se pencha pour l'aider à se mettre en selle, mais le cheval fit un écart, l'empêchant de monter.
Cela se produisit deux ou trois fois ; la vieille sorcière en connaissait la raison,  que le roi ne pouvait comprendre.
«Je crains de tomber, dit-elle, tandis qu'ils avançaient; Mais, comme ton cœur est bon, que tu as pitié de mes chagrins, ralentit ton pas et boiteuse comme je suis, je pense que je peux réussir à continuer, néanmoins."

À la porte, il pria la sorcière de se reposer, pendant qu'il ferait préparer tout ce dont elle avait besoin. Mais Zoulvisia  pâlit quand elle apprit sa présence, et le supplia de renvoyer la vieille femme après l'avoir nourrie, car elle pouvait leur faire du mal.
Le roi se moqua de ses peurs et répondit avec bonne humeur :
"Pourquoi ? On pourrait penser qu'elle est une sorcière à vous entendre parler ! Et même si elle l'était, quel mal pourrait-elle nous faire ?" Et appelant des jeunes filles, il leur ordonna de lui porter sa nourriture et de la laisser dormir dans leur chambre.

La vieille femme  très rusée garda les jeunes filles éveillées la moitié de la nuit avec toutes sortes d'histoires étranges. En effet, le lendemain matin, alors qu'elles habillaient leur maîtresse, l'une d'entre elles se mit à rire et les autres se joignirent à elle.
'Pourquoi ris-tu ?" Demanda Zoulvisia. Et la femme de chambre  répondit qu'elle pensait à une aventure drôle qui leur a été contée la veille par la nouvelle venue.
"Oh, madame!" S'écria la jeune fille, "peut-être qu'elle est une sorcière, comme on dit; Mais je suis sûre qu'elle ne ferait jamais un sortilège pour nuire à une mouche! Et quant à ses contes, ils combleraient beaucoup d'heures ennuyeuses pour toi, quand mon seigneur est absent!

Ainsi, dans ce seul instant devenu néfaste , Zoulvisia consentit à ce que la "sorcière" lui fut présentée, et,  dés ce moment,  devinrent inséparables.

Un jour, la sorcière commença à parler du jeune roi et déclara que dans tous les pays qu'elle avait visités, elle n'avait rien vu comme lui.
«Il est si intelligent qu'il a deviné ton secret afin de gagner ton cœur», dit-elle. "Et bien sûr, il vous a dit le sien, en retour?"
"Non, je ne pense pas qu'il en ait",  déclara Zoulvisia.
«Pas de secret? S'écria la vieille femme avec un étonnement feint. «C'est une bêtise! Tout le monde a un secret, qu'il dit toujours à la femme qu'il aime. Et s'il ne vous l'a pas confié ,  c'est qu'il ne vous aime pas !

La sorcière et ses serpents


Ces mots troublèrent vivement Zoulvisia, bien qu'elle ne l'avouât pas à la sorcière. Mais dés qu'elle se retrouva seule avec son mari, elle le persuada peu à peu de lui livrer le secret de sa force.
 Longtemps, il la détourna de sa pensée avec des caresses, mais quand elle finit par les refuser, il  répondit :
"C'est mon sabre qui me donne ma force, jour et nuit à mes côtés. Maintenant que vous savez mon secret, jurez sur cette bague, que je vous donne en échange de la vôtre, que vous ne le révélerez à personne". Et Zoulvisia  jura ... puis se précipita aussitôt pour trahir sa promesse en rapportant la bonne nouvelle à la vieille femme !

Quatre nuits plus tard, pendant que tout le monde dormait, la sorcière se glissa doucement dans la chambre du roi et prit le sabre posé près de lui. Puis, elle se dirigea vers la terrasse et déposa l'épée dans la rivière.

Le lendemain matin, tout le monde fut surpris quand, contrairement à ses habitudes, le roi ne se leva pas de bonne heure pour partir à la chasse. Les serviteurs, l'oreille collé au trou de la serrure ,entendirent le son de sa respiration lourde, sans qu'aucun n'osa entrer, jusqu'à ce que Zoulvisia arriva et quelle vit leur regard inquiet !  Le roi semblait mort, avec de la mousse sur sa bouche et des yeux qui étaient déjà fermés. Ils pleurèrent,  pleurèrent, sans comprendre ce qui s'était passé.

Soudain, un cri éclata venant de ceux qui se tenaient à l'arrière, et la sorcière s'avança, avec des serpents autour de son cou, de ses bras et de ses cheveux. A un signe d'entre eux, ils se jetèrent avec un sifflement sur les jeunes filles, dont la chair fut percée de leurs crocs empoisonnés. Puis, se tournant vers Zoulvisia, elle dit :
«Je vous donne le choix, celui de venir avec moi, sinon, les serpents vous tueront aussi ! Et comme la jeune fille terrifiée la regardait, incapable de prononcer un seul mot, elle la saisit par le bras et la conduisit vers l'endroit où le radeau était caché parmi les joncs. Quand ils furent à bord, ils prirent les rames, et  flottèrent dans le ruisseau jusqu'à ce qu'ils aient atteint le pays voisin, où Zoulvisia fut vendue pour un sac d'or au roi.

Or, depuis le jour où le jeune homme était entré dans les trois huttes qui traversaient la forêt, aucune  matinée ne s'était écoulée sans que les fils des trois fées ne viennent examiner les ciseaux, le rasoir et le miroir que le jeune roi leur avait laissés. Jusque là, les surfaces des trois objets étaient restées brillantes. Mais ce matin-là, lorsqu'ils vinrent les contrôler comme d'habitude, des gouttes de sang apparurent sur le rasoir et les ciseaux, tandis que le petit miroir était obscurci.
«Quelque chose de terrible est arrivé à notre petit frère»,  chuchotèrent-ils, avec des visages effrayés; «Il faut se hâter à son secours avant qu'il ne soit trop tard». Et se chaussant de leurs souliers magiques, ils partirent pour le palais.

Les serviteurs les saluèrent vivement, prêts à dire tout ce qu'ils savaient, mais ce n'était pas grand-chose; seulement que le sabre avait disparu, personne ne savait où. Les nouveaux arrivants passèrent toute la journée à le chercher, mais sans succès ;  quand la nuit s'acheva, ils étaient très fatigués et affamés. Mais comment allaient-ils obtenir de la nourriture? Le roi n'avait pas chassé ce jour-là, et il n'y avait rien à manger. Les petits hommes étaient désespérés, quand un rayon de la lune éclaira soudain le fleuve sous les murs.
'"Tellement stupide ! Bien sûr, il y a du poisson à attraper, s'écrièrent-ils ; Et courant à leur barque, ils  réussirent rapidement à pêcher des poissons fins, qu'ils préparérent aussitôt. Ensuite, se sentant mieux, ils regardèrent autour d'eux.

Plus loin, au milieu du ruisseau, il y avait des éclaboussures étranges, et, de part en part, le corps d'un énorme poisson apparaissait, se tournant et se tordant comme sous l'emprise d'une vive douleur. Les yeux de tous les frères restèrent fixés sur  ce phénomène, lorsque le poisson sauta dans l'air, tandis qu'une lumière brillante traversa la nuit. 

"Le sabre!" Ils crièrent et plongèrent dans le ruisseau, en sortirent l'épée, tandis que le poisson resta couché sur l'eau, épuisé par ses luttes. Utilisant le sabre pour sortir de l'eau, une fois sur la terre ferme, ils le séchèrent soigneusement avec leurs manteaux, puis le portèrent au palais, le placèrent sur l'oreiller du roi. Instantanément, les couleurs revinrent sur son visage cireux et ses joues creuses se remplirent. Le roi s'assit et, ouvrant les yeux, dit:

- Où se trouve Zoulvisia?
- C'est ce que nous ignorons, répondit un des petits hommes ; "Mais maintenant que vous êtes sauvé, vous allez bientôt le découvrir." Et ils lui  racontèrent ce qui s'était passé depuis que Zoulvisia avait confié son secret à la sorcière.

«Laissez-moi aller à mon cheval» fut son sa seule réponse. Mais quand il entra dans l'écurie, il pleura à la vue de son compagnon préféré, qui était presque aussi triste que son maître. Il tourna lentement la tête, alors que la porte retombait sur ses charnières, mais quand il vit le roi, il se leva et  frotta sa tête contre lui.
«Oh mon beau cheval ! Combien plus intelligent que moi, tu es ! Si j'avais agi comme toi, je n'aurais jamais perdu Zoulvisia; Mais nous la chercherons ensemble, toi et moi.

Longtemps, le roi et son cheval suivirent le courant du ruisseau, mais nulle part il ne purent apprendre quoi que ce soit de Zoulvisia. Enfin, un soir, ils s'arrêtèrent tous deux pour se reposer près d'un chalet non loin d'une grande ville, et comme le roi était étendu sur l'herbe, regardant son cheval occupé à couper le gazon court, une vieille femme sortit avec un bol en bois rempli de lait frais qu'elle lui  offrit.
Il le but avec avidité, car il avait grand soif, puis, posant le bol,  commença à parler avec la vieille femme, qui était ravie d'avoir quelqu'un pour écouter sa conversation.
«Vous avez de la chance d'avoir dépassé cette voie tout à l'heure, dit-elle, car dans cinq jours, le roi organise son banquet de mariage. Ah! Mais la mariée, aux yeux bleus et aux cheveux dorés, ne le veut pas !  Elle garde, dit-on, à son côté, une coupe de poison, et déclare qu'elle va l'avaler plutôt que de devenir sa femme. Pourtant, il est un bel homme aussi, et un bon mari pour elle, plus qu'elle n'aurait pu chercher, étant venu d'on ne sait où, achetée par une sorcière ...

L'aurait-il trouvée finalement ? Le coeur du roi battait violemment, l'étouffait, il haleta : "Se nomme-t-elle Zoulvisia ?"

"Aïe, alors elle dit bien la vieille sorcière ... Mais qu'est ce qui t'affecte ?" Elle s'arrêta alors que le jeune homme se relevait et saisissait ses poignets.
«Écoutez moi», dit-il. 'Pouvez-vous garder un secret?'
"Oui" répondit encore la vieille femme, "si on me le paye".
«Oh, vous serez payée, soyez-en sûre, autant que votre cœur peut désirer! Voici une poignée d'or : vous en aurez encore autant  si vous répondez à  mon souhait. La femme  hocha la tête.

"Maintenant, allez vous acheter une robe comme les femmes de la cour et faites-vous admettre dans le palais, en présence de Zoulvisia. Quand vous y serez, montrez-lui cette bague ;  après cela, elle vous dira ce qu'il faut faire.
Alors la vieille femme partit, se revêtit d'un vêtement de soie jaune et enveloppa un voile autour de sa tête. Dans cette robe, elle marchait hardiment sur les marches du palais derrière des commerçants que le roi avait convoqués pour apporter des cadeaux pour Zoulvisia.

Au début, la mariée gardait le silence, devant chacun d'entre eux; Mais, en apercevant l'anneau, elle devint soudainement aussi douce qu'un agneau. Et, remerciant les marchands pour leur dérangement, elle les  renvoya afin de rester seule avec la visiteuse.
«Grand-mère», demanda Zoulvisia, dès que la porte se fut refermée , «où est le propriétaire de cette bague?
«Dans mon chalet», répondit la vieille femme,  attendant vos ordres.
«Dites-lui de rester là pendant trois jours; Et maintenant, allez dire au roi de ce pays que vous m'avez convaincue. Ensuite, il me laissera tranquille et cessera de me surveiller. Le troisième jour,  j'irai  errer dans le jardin près de la rivière, et là, votre hôte me trouvera. La suite le  concerne.

Le matin du troisième jour arriva, et, avec les premiers rayons du soleil, l'agitation commença dans le palais; au soir, le roi allait épouser Zoulvisia. On dressa des tentes de fines étoffes, décorées de guirlandes de fleurs blanches et douces, et le banquet fut organisé. Quand tout fut prêt, une procession se forma pour aller chercher la mariée, qui se promenait dans les jardins du palais depuis le jour, afin que la foule puisse la voir. Un morceau de sa robe de gaze dorée pourrait être pris, alors qu'elle passait d'un fourré fleuri à l'autre.

 Alors, tout à coup, la multitude saisie recula, au moment où un coup de foudre sembla sortir du ciel à l'endroit où Zoulvisia était debout.

 Ah! Mais ce n'était pas un coup de foudre, seulement le cheval de feu! Et quand la foule put voir à nouveau, elle constata qu'il s'éloignait avec deux personnes sur le dos !

Zoulvisia et son mari apprirent à garder le bonheur qu'ils avaient reçu. C'est une leçon que beaucoup d'hommes et de femmes n'apprennent jamais. D'ailleurs, c'est une leçon que personne ne peut enseigner, et que  garçons et filles doivent apprendre par eux-mêmes.
(De "Contes Arméniens" - d'après Frédéric Macler.)

http://dzovi.blogspot.fr/2017/08/histoire-de-zoulvisia-de-contes.html

jeudi 3 août 2017

La roue des soleils de la nuit - Avec nos mouvements - L'hospitalité de Georges - Le drapeau n'est pas n'importe quoi - Recherche un escalier - N. Lygeros



La roue des soleils de la nuit

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

La roue des soleils de la nuit 
a été créé
sur le noir
de la mer
des algues
et sous
les étoiles
les blanches
du ciel
pour que nous vivions
la rareté
après le combat
comme si nous retournions
à la bataille
que nous avions gagnée
contre
l’inaction
des autres.

*****
Avec nos mouvements

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Par nos mouvements
nous changeons la vie
des nôtres
quand réellement
nous les aimons
sinon
nous attendons 
qu’ils meurent
en raison des pressions
qui admettent
l'oubli
des sociétés
pour cela
n’arrête jamais
tes actions
quand celles-ci
sauvent
des vies.

*****
L'hospitalité de Georges

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

L'hospitalité de Georges
a eu lieu au paradis
parce qu’en tant qu’humain
il ne connaissait pas
un autre endroit
sur Terre
pour remercier
les amis
qui partageaient
son amour
du beau
de la lumière
et des valeurs
du Temps
qui enrichissent
l’Humanité.

*****
Le drapeau n'est pas n'importe quoi

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Le drapeau n'est pas n’importe quoi
et celui qui le lève
doit en être
digne 
autrement
il devient
un morceau de tissu
pour le jeu
organisé
par un ministère
qui ne sait pas
ce que signifie
dignité
et sacrifice
pour la sainte
et vénérée
patrie
de la liberté
et non son nivellement.

*****
Recherche un escalier

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Recherche un escalier
à côté de toi
et non au-dessus
si tu veux
aller
haut
autrement
tu resteras
cloué
à ton niveau
et coincé
dans une réalité
immuable
qui ne change pas
sans excès
des bords
alors regarde
ceux
qui connaissent
un escalier.

*****




mercredi 2 août 2017

Seule en Europe face à Erdogan : l'Allemagne - Ara Toranian

Ara Toranian

Seule en Europe face à Erdogan :
l'Allemagne

 par ARA TORANIAN

L'Allemagne est le seul grand Etat européen à s’élever publiquement contre Erdogan et sa dérive dictatoriale en Turquie.
(Editorial NAM du 30 juillet 2017) http://armenews.com/rubrique.php3?id_rubrique=1

0n pourra reprocher tout ce qu’on veut à l’Allemagne de Mme Merkel, mais pas son absence de courage politique face à la dérive dictatoriale d’Erdogan. Alors que l’Europe continue à payer grassement la Turquie au titre des fonds de pré-adhésion (7 milliards déjà versés depuis 2005 et 6 milliards prévus jusqu’à 2020), elle est le seul grand Etat européen – soutenue par la Belgique, les Pays-bas et l’Autriche – à s’élever publiquement contre le despote. Le 20 juillet la RFA (qui compte la plus grosse communauté turque d’Europe) devait notamment annoncer une «réorientation» de sa politique vis-à-vis d’Ankara au lendemain d’une énième vague d’arrestation à Istanbul de défenseurs des droits de l’homme, dont l’un est citoyen allemand. Et, tandis que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, poids lourd du gouvernement, comparait la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan à la «dictature communiste en RDA», Berlin, joignant le geste à la parole, décidait de retirer ses troupes de la base militaire d’Incirlik, et proclamait le 21 juillet le gel de toutes ses livraisons d’armes en direction d’Ankara. On aurait aimé croire que ces pressions visant à amener Erdogan à de meilleurs sentiments démocratiques suscitent dans les rangs européens un certain soutien, d’autant que neuf Allemands, dont quatre ayant également la nationalité turque, sont actuellement détenus en Turquie. Cela aurait été, une fois de plus, se bercer d’illusions ! Si le commissaire européen Johannes Hahn, navré désolé, disait le 24 juillet que «la Turquie devrait comprendre les raisons de tout cela (les tensions avec l’Allemagne) et devrait y remédier», la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini rassurait Ankara dès le lendemain en déclarant que «clairement la Turquie est, et reste, un pays candidat » tout en reconnaissant tout de même qu’il soit «difficile en ce moment d’ouvrir de nouveaux chapitres». Des propos, on s’en doute, de nature à faire trembler Erdogan ! D’autant plus que l’absence totale de stratégie globale de l’Union européenne à son égard se double d’un terrifiant déficit de solidarité entre ses membres.

Les pays de l’Union ne se croient en effet tenus de dénoncer les persécutions en Turquie que dans la seule et unique circonstance où l’un des leurs en fait les frais. C’était le cas de la Suède le 19 juillet, lorsque l’un des ressortissants qui se rendait à un séminaire «sur la liberté de l’internet» dans l’ile de Büyükada au large d’Istanbul a été arrêté. Idem pour la France, qui ne s’est manifestée contre la situation en Turquie qu’avec la grève de la faim du photographe Mathias Depardon, scandaleusement incarcéré en mai-juin 2017. Depuis sa libération, obtenue après une intervention d’Emmanuel Macron en personne, la diplomatie française a réenfoui sa tête dans le sable, laissant l’Allemagne se débrouiller seule avec Ankara. Comme elle l’avait déjà lâchée en mars dernier, sous la mandature précédente, en autorisant Mevlüt Cavusoglu ministre des affaires étrangères turc à tenir un meeting de campagne électorale pro AKP à Metz, alors qu’il en avait été interdit outre-Rhin, aux Pays-Bas, en Suisse et en Autriche. Toujours ce remarquable esprit de corps du Quai d’Orsay !

Mieux, on apprend que la France a signé avec l’Italie le 18 juillet un accord dans le but de développer les systèmes nationaux de défense antimissile avec la Turquie. Ainsi, pendant la répression, les ventes d’armes continuent (sauf pour l’Allemagne)… Dans ces conditions, le nouveau sultan n’a aucun soucis à se faire. Les arrestations tous azimuts contre les militants, les journalistes, les artistes, les intellectuels, les fonctionnaires, les minorités, pourront se mener sans encombre sur le plan européen. Non seulement l’État turc pourra piétiner à loisir les libertés (plus de 50 000 emprisonnements arbitraires et 110 000 licenciements à motif politique dans son administration depuis un an), mais il percevra en retour des sommes colossales de l’Europe pour se mettre en conformité avec les droits de l’homme ! Mieux, il pourra également se permettre le luxe de faire la morale à ses membres : «Nous n’avons pas de leçon d’humanité à recevoir de la part de ceux qui, pendant les deux conflits mondiaux, ont commis les massacres les plus impitoyables, les plus sanglants et les plus sauvages» a tonné le 25 juillet à l’adresse de l’Allemagne M. Recep Tayyip Erdogan, lui-même à la tête d’un État négationniste complice et receleur du génocide des Arméniens de 1915 !

Mais qu’à cela ne tienne. L’État turc, détenteur d’une solide immunité internationale, en a connu d’autres : massacres de Kurdes, oppression des minorités, occupation de Chypre, violations régulières des frontières de ses voisins, coups d’État multiples et variés et ce, sans jamais que son statut de «grand pays ami de l’occident» ne soit jamais remis en cause. Il n’y a donc aucune raison que les choses changent. À ceci près peut être que pour la première fois l’Allemagne, son plus grand soutien en Europe depuis plus de cent ans est en train de dire «stop». Cette situation inédite fournira-t-elle à ses partenaires européens l’occasion, pour une fois, de se montrer solidaires et courageux face à cet État coutumier des sorties de route politiques aussi féroces que sanglantes ? Amnesty international, dont la directrice en Turquie est emprisonnée, et Reporters Sans Frontières viennent de préconiser une réaction en ce sens. Mais pour l’instant, c’est bel et bien Erdogan qui continue de mener la danse, devant une Europe divisée et «rampante», pour reprendre le mot du leader centriste israélien Yaïr Lapid, qui en appelait le 27 juillet à un sursaut.